Partenariat AVIESAN-Sanofi-Aventis : l’envers du décor

vendredi 5 novembre 2010
par  JeanKister

Partenariat AVIESAN-Sanofi-Aventis : l’envers du décor

Suite à la rencontre du 6 octobre entre l’ensemble des leaders scientifiques de l’Inserm et les chercheurs Sanofi-Aventis de la région Midi-Pyrénées (annoncée dans la lettre régionale Inserm n°41), nous souhaitons apporter un complément d’informations et de réflexions pour une mise en perspective.

Sanofi-Aventis a publié, malgré la crise économique, un bilan financier mirobolant pour l’exercice 2009 : n°1 français et n°5 mondial de l’industrie pharmaceutique, n°3 mondial en santé animale avec pour corollaire un chiffre d’affaires de 29,3 Milliards d’euros (+6,3%), pour un bénéfice net de + 8 milliards d’euros.

Pour rester compétitif dans l’environnement international, ce groupe pharmaceutique a fait le choix délibéré de sacrifier l’investissement en R&D, par définition coûteux, long et aléatoire (et pas forcément du goût des actionnaires qui attendent un retour sur investissement rapide et avantageux), pour une politique de fusion-acquisition qui est présentée par la direction de Sanofi-Aventis comme le principal moyen de s’assurer un portefeuille de brevets et de nouvelles molécules destinées à devenir les médicaments de demain. En réalité, ces décisions ne sont là que pour contraindre les effectifs et les budgets des centres de recherche dont celui de la route d’Espagne. Cette stratégie financière est révélée par la proposition d’achat de Genzyme (une entreprise de biotechnologie états-unienne spécialisée dans les pathologies rares) à hauteur de 15 à 20 milliards d’euros, ainsi que par la suppression de 3000 postes dont 1300 dans la R&D (dont 100 personnes sur le site de la route d’Espagne) représentant 20% des ressources internes du groupe en recherche sur ses centres français. Ceci contredit son engagement affiché« pour le développement de la recherche et de l’innovation sur le territoire français ». Le groupe réalisera ainsi une économie d’environ 1 milliard d’euros sur 5 ans.

Parallèlement, Sanofi-Aventis annonce la signature d’un « partenariat » de recherche avec AVIESAN (1) (l’Alliance Nationale pour les Sciences de la Vie et de la Santé) et s’engage à y consacrer un budget de 50 millions d’euros sur 5 ans. Cette somme « considérable » lui sera remboursée à hauteur de 60% par l’Etat au titre du crédit impôt-recherche (précisons que sur l’ensemble du groupe, Sanofi-Aventis a empoché plus de 100 millions d’euros d’aide publique, soit environ 12% du budget annuel de l’Inserm). Que les actionnaires soient rassurés : cette opération ne coûtera donc que 20 millions d’euros à leur groupe sur 5 ans. Ce partenariat lui ouvre aussi les portes d’autres financements publics (européens par exemple).

Ainsi la rencontre du 6 octobre entre l’Inserm et Sanofi-Aventis nous paraît éclairer de manière instructive les fondements de cet accord de partenariat. Les acteurs de la recherche biomédicale publique, dont nous sommes, ne peuvent en effet que s’interroger sur la logique des actions menées aujourd’hui en matière de politique scientifique dans notre pays. Nous assistons à la rencontre de deux logiques : d’une part la réduction des financements récurrents et du recrutement de personnel statutaire dans le secteur public (manque de personnel comblé par le recours massif aux contrats précaires), d’autre part la suppression massive de personnel de recherche dans les groupes pharmaceutiques.

Créée en 2009, AVIESAN se fixe pour « mission de développer de nouveaux paradigmes d’innovation et de nouvelles stratégies de collaborations en matière de partenariats industriels ». Ne s’agit-il pas, au contraire, de fournir à moindre frais un alibi marketing aux groupes pharmaceutiques désireux de redorer leur image d’entreprise à la pointe de l’innovation ?

N’est-il pas question ici de mettre à la disposition de ces groupes les chercheurs des laboratoires publics, qui accepteront d’autant plus facilement qu’ils sont en mal de financements récurrents, pour repeupler les déserts industriels que la logique financière a elle-même créées ?

Si nous concevons que les partenariats public-privé peuvent être utiles, l’accord Sanofi-AVIESAN procède d’une toute autre logique : celle de la financiarisation d’un grand groupe pharmaceutique, du pilotage accru de la recherche publique, et ce au détriment des personnels de Sanofi-Aventis et de l’emploi en général.

L’inter-syndicale locale SNTRS-CGT, SNCS-FSU, SGEN-CFDT et CGT Sanofi-Aventis Toulouse. Octobre 2010

(1) l’AVIESAN est constituée par l’Inserm, le CNRS, le CEA, l’INRA, l’INRIA, l’Institut Pasteur, l’IRD, la Conférence des Présidents d’Université et la Conférence des Directeurs Généraux de Centres Hospitaliers Régionaux et Universitaires. Elle est présidée par André Syrota, PDG de l’Inserm.

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