Communiqué du SNTRS-CGT : Destruction d’une équipe de recherche médicale à l’Université d’Angers

jeudi 5 avril 2012
par  Laeti

Développer un projet de recherche médicale et obtenir des résultats d’intérêt nécessite généralement près de 10 ans d’investissement pour une équipe de recherche.

Le Dr. Hugues Gascan, directeur de recherche au CNRS, a dirigé à Angers un laboratoire de l’Inserm de 1997 à fin 2011. Il a également contribué d’une façon importante au développement de la recherche médicale dans cette ville, favorisant l’émergence de quatre autres unités de recherche de l’Inserm et du CNRS, et est à l’origine de plusieurs plates-formes technologiques de haut niveau, dont l’une d’elles contribue aujourd’hui au développement de nouveaux médicaments ciblants. C’est lui, qui en 2004 a également créé l’Institut Fédératif de Recherche en santé d’Angers, regroupant l’ensemble des dispositifs, et qui a été à l’initiative, avec deux autres de ses collègues, de la construction d’un centre de recherche d’une surface de 7 500 m2.

Scientifiquement, ses travaux sur les cytokines, médiateurs solubles nécessaires pour se défendre contre le développement tumoral, sont reconnus internationalement. Plusieurs de ses travaux ont été publiés dans la revue de l’académie des sciences des USA (PNAS), et régulièrement dans les plus grands journaux scientifiques.

Une carrière qui évolue favorablement engendre malheureusement souvent des jalousies dans le milieu scientifique, débouchant parfois sur des conflits. Un important conflit est apparu dans l’Unité Inserm dirigée par Hugues Gascan et une professeur de médecine. Cette dernière très versée dans l’ésotérisme l’a poursuivi en justice pour harcèlement moral. Il a été condamné en appel, mais s’est pourvu en cassation. Dans l’intervalle, il a en retour, déposé plainte contre X pour harcèlement moral à son encontre, et une instruction est en cours.

La loi LRU, conférant l’autonomie aux universités est un formidable outil pour les universités et les centres de recherche de premier plan. Mais, ne faut-il pas s’inquiéter de son application dans les universités de tailles moyennes, ballottées entre difficultés financières et positionnements stratégiques. Sur quels référentiels ces dernières vont-elles s’appuyer : les standards nationaux et internationaux, ou bien ne seraient-elles pas tentées de se replier vers des échelles de valeurs plus locales.

La LRU est entrée en application à l’université d’Angers à l’été 2010, peu avant les dépôts de projets auprès de l’AERES et des EPST pour la vague B (2012-2106). Une des premières décision prise par l’Université d’Angers dans le cadre des compétences élargies a été de s’opposer à un projet de recréation d’Unité Inserm porté par le Dr. Hugues Gascan, qui recevra un courrier peu avant la date de soumission auprès de AERES et de l’Inserm.

Dix-huit mois plus tard, le Dr. Hugues Gascan et son équipe n’ont pas pu rebondir, même si des solutions sont aujourd’hui à portée de main. Ils se sont recentrés autour d’une plate-forme technologique de haut niveau qui fabrique des anticorps monoclonaux pour des besoins de diagnostic et des applications thérapeutiques. Cette plate-forme, dont l’acronyme est PADAM, est soutenue par le dispositif des régions Bretagne et Pays de la Loire, Biogenouest, et par le consortium national de financement des équipements en biologie, IBiSA, et présente un intérêt majeur notamment pour des projets de transfert et de valorisation.

L’ANR a récemment accordé à Hugues Gascan et des partenaires nantais un important financement, approchant le million d’euros, pour développer un nouveau médicament ciblant dans les maladies inflammatoires chroniques (psoriasis, polyarthrite rhumatoïde, maladie de Crohn). Les collectivités territoriales mettent à disposition pour ce projet 600 m2 de nouveaux laboratoires équipés. Le CNRS envisage la création d’une structure de services et de recherche autour de cette équipe.

L’ancien doyen de la faculté de médecine, récemment devenu président de l’Université d’Angers, ne l’entend pas ainsi, et s’oppose bec et ongle à ce projet, multipliant l’envoi de courriers au Dr. Gascan.
Pour couper court à toute possibilité, alors même que des échanges avec le CNRS, Biogenouest et les différents partenaires sont en cours, et une réunion programmée le 24 avril, le président de l’université organise dans la précipitation la plus totale, du 3 au 5 avril, un déménagement de l’ensemble du matériel utilisé vers un autre bâtiment, détruisant toute perspective, et mettant ainsi les partenaires devant le fait accompli.
Ne disposant pas des surfaces nécessaires le Président indique même qu’une partie des matériels et des meubles seront « stockés » dans un local de la faculté de médecine.
Rien n’a été envisagé pour préserver les collections biologiques et les cellules cryo-conservées. Des milliers d’échantillons, fruit de 15 années de travail, sont voués à disparaître dans les prochains jours.

L’équipe de recherche est totalement traumatisée, plusieurs ont fait des malaises. Il y a quelques jours, l’un des piliers de l’équipe a totalement craqué et est en arrêt maladie. Certains qui travaillent sur ces programmes de recherche depuis plus de 15 ans voient leur carrière professionnelle détruite.

Voilà le visage que prend aujourd’hui l’application de la LRU à l’Université d’Angers, avec la toute puissance d’un président très éclairé.

Villejuif, le 2 avril 2012

Lire aussi l’article de Sylvestre HUET paru le 3 avril sur le site Sciences² :
Rififi à l’hôpital d’Angers : le président d’Université en échec

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/04/rififi-%C3%A0-lhopital-dangers-le-pr%C3%A9sident-duniversit%C3%A9-en-%C3%A9chec.html

Lire aussi l’article d’Olivier HERTEL paru le 3 avril sur le siteSciences et Avenir :
http://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/20120404.OBS5424/quand-la-recherche-marche-sur-la-tete.html


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